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La tempête (suite) : Un petit tour pour retrouver notre place. Le vent ne nous facilitant pas vraiment la tâche. Nous remettons l'ancre et cette fois au lieu de jeter la deuxième, nous allons nous accrocher à un superbe corps-mort, seuls quelques petites barques y sont attachées. La chaîne est passée dans ce dernier et le cablot revient sur l'avant du bateau. Nous tirons pour bien tendre le tout. Bon cette fois nous sommes bien installés. 19h, l'heure de la petite bière arrive. Dans la cuisine une bonne odeur de choux aux saucisses se dégage. 20h, le thé est avalé, je sors dans le cockpit voir l'aspect du ciel. La surprise me cloue sur place. De l'intérieur tout parait calme, mais dehors c'est une autre musique. Le vent a encore monté. Gwenalys se balance de babord à tribord. Les vagues envahissent le port. L'inquiétude se lit sur les visages. Ce soir, il n'y aura pas grand monde à aller se coucher. On commence la soirée en prenant un bon café. Il fait nuit noire, heureusement le port a laissé toutes les lumières et un superbe lampadaire qui a lui seul suffirait à l'éclairage environnant. Comme chez nous, un jour de tempête, des curieux envahissent les quais et repartent une fois leurs yeux rassasiés par le spectacle de la mer en furie. Et en furie elle y est, plus le vent monte, plus elle rage. Que pensent-ils, ces gens, des bateaux qui se balancent ainsi ? Nous passons la première partie de la nuit à arrimer, ficeler, ranger les bouts, nous avons aussi arrêté l'éolienne, elle semblait bien fragile. L'annexe fait des bonds derrière le bateau. nous la remontons et la ficelons, elle aussi, bien solidement. Elle n'est pas la seule à avoir ce comportement, seulement le voisin a laissé son moteur dessus, nous saurons demain s'il fonctionne encore. Une brume s'installe progressivement. Dès que l'on met le nez dehors, les embruns nous sautent au visage. Vive la capote qui nous tient bien au chaud et à l'abri. 24h, je trouve bizarre que les petits bateaux se retrouvent si près du mât de l'épave et nous si près des autres bateaux. Innocemment je dis à Claude : " Tu ne crois pas que l'on emmène le corps mort avec nous ?" Si, si, c'est bien çà. La consternation arrive sur nos visages. Claude prend cette fois la décision de nous accrocher à l'épave. Puisqu'elle est là autant s'en servir. Le mât de cette dernière dépasse suffisemment pour y passer un bout. Combinaison enfilée, masque et tuba sur le visage, il descend sur la jupe, chausse ses palmes et le voilà encore une fois dans l'eau. Les vagues l'absorbent à chaque brasse. Lorsqu'il arrive à ma hauteur, je lui passe un bout de l'amarre et tourne l'autre au taquet. Sur place, le travail est fastidieux. Les vagues lui passent par dessus la tête. Je suis obligée de défaire l'amarre du bateau, elle est trop courte et Claude peine à la mettre au mât. Le bateau tire, je ne peux pas la tenir. Elle tombe à l'eau. Pourvu que Claude s'y accroche pour revenir. Pendant ce temps, je vais à l'intérieur en chercher une deuxième. Lorsque j'arrive en haut, je le vois revenir. Je lui passe le bout de l'autre amarre, il fait un nœud en avalant de l'eau à chaque fois qu'une vague se présente. Bon, tu peux remonter, je vais tirer. Je tire assez fort pour tester le nœud, celui-ci a l'air de tenir. J' amarre et vais aider Claude à se déshabiller. Le temps qu'il se change je retourne à mon amarre. Il faut la passer sur l'avant. Le nœud est là. Encore un effort et nous pourrons le défaire afin de garder une amarre propre et sûre. Décidément, nous avons montré l'exemple, le bateau des allemands chasse à son tour. Ici les corps morts ne tiennent pas vraiment. Il va s'arrêter à 20m du bateau suivant. Ouf!!! Ils ont eu chaud. C'est une vision d'apocalyspe qui s'offre à nous. Le bateau a inventé une nouvelle danse : je me couche sur les balcons babord et je tourne à tribord sur 120 degrés, puis je me couche sur les balcons tribord et je tourne à babord, même nombre de degrés. La mer vole autour de nous, nous confinant sous la capote en buvant thé sur thé pour nous réchauffer. De temps en temps en levant le bout du nez, nous apercevons les étoiles filantes à travers la brume. Un orage gronde au loin, pourvu qu'il reste sur la montagne, nous avons assez à faire comme çà. 2h30, des fusées de détresse envahissent le ciel. C'est sur la gauche, suivies d'une seule sur la droite. "We two are one" n'est plus là. Pourvu que rien de facheux ne soit arrivé. Nous entendons les sirènes des voitures de police et des ambulances. Pas rassurant. Petit à petit la brume se dissipe et nous voyons nettement un bateau sur les rochers. En voulant entrer au port une lame a du le soulever et le jeter là. La confirmation viendra au petit 4h, le vent tourne. Il diminue en intensité. Celà fait du bien. Claude va dormir 1h, mon tour viendra après. Accueil |
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Les Canaries |